Le Ligueur et mon Bébé

Votre enfant a déjà 11 mois

Faire à sa guise, ça enivre!

Manon commence à avoir beaucoup de cheveux et sa maman voudrait lui faire une petite couette, impossible! Axel veut marcher et, pour telle ou telle raison, son père cherche à ce moment-là à le tenir, calme dans les bras: irréalisable… Gaspard devient capable de comprendre un tas de jeux mais pas comme ses parents. Et attention, c’est lui qui sait! Que cela se sache…

Il veut faire à sa guise. Avec ce caractère et cette volonté, faire faire comme l’on voudrait en tant que parents s’avère souvent "mission impossible" et peut rendre le cœur gros. Les choses changent.

Un nouvel état d’âme…

Un sentiment double, absent jusque-là, apparaît chez les parents de ce petit volontaire: une joie de le voir grandir mêlée à une frustration certaine d’être éjecté souvent, comme il sait le faire à cet âge. Un peu comme s’il disait: "Fiche-moi la paix, je sais, je veux faire tout seul, arrête de me toucher, tu m’énerves."

Il y a en effet la joie de le voir déjà si sûr de lui, sûr de ce qu’il veut: il empile, met dedans, téléphone, se coiffe (en pétard), mais pas question d’être dérangé par quelqu’un qui prétendrait mieux savoir! "De quoi il se mêle, celui-là!" Il y a aussi la frustration, celle de ne plus être tout pour ce petit, de ne plus être celui ou celle qui savait pour lui; le parent devient l’empêcheur de tourner en rond, ou plutôt de tomber, de se cogner ou de tourner, en rond oui, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Ce petit qui fait grandir ses parents

Déjà il annonce à ses aînés les futures étapes de la vie. "Je me dispute avec vous parce que vous voulez savoir pour moi; moi, je veux décider, moi pour moi. Un jour, les disputes seront plus importantes parce que les sujets vous tiendront plus à cœur, mais, moi, j’aurai mes idées comme maintenant déjà. Il faut vous y faire…"

De plus en plus, il sait ce qu’il veut sans pour autant pouvoir l’exprimer. Il a son petit monde, ses cubes et ses blocs, ses livres et ses jeux, il chipote, cause, appelle, observe, met en bouche encore, tout en babillant et tapant d’une main sur ce qu’il trouve, il essaie tous les sons, il s’amuse. Ses parents aussi s’amusent, il est extra, ils pourraient rester des heures à le regarder… Heureusement, la vie est là, faite de ses exigences multiples; ce qui permet à l’enfant de découvrir pour lui, de prendre du plaisir dans ses explorations diverses, pour lui-même et non pour le plaisir d’être vu par ceux qu’il aime.

Un espace d’absence

Doucement, un entre-deux, qui s’est amorcé depuis pas mal de temps déjà, se renforce. Cet entre-deux permet d’être deux, justement, et non pas un mélangé à l’autre à tel point que l’on ne fait plus qu’un. C’est parce que progressivement ce bébé devient "un autre” que l’échange s’apprend; on n’échange pas avec soi-même. Il commence à donner, à demander, à reprendre et trouve très rigolo de voir papa manger un bout de pain à lui, tout mouillé parce qu’il l’a déjà sucé goulûment.

Et voilà, ce bébé avait appris, nourrisson, à ses parents la disponibilité totale et la dépendance à sa petite personne. Aujourd’hui, non seulement il se montre indépendant par moments, capable de s’occuper seul, mais il est de plus parfois franchement réticent aux câlins ou aux bras tant aimés autrefois, surtout lorsqu’il se dirige d’un air décidé vers un trésor que ses parents ne voudraient pas le voir casser.

Déjà il s’aventure, il prend des risques… Cette ivresse, énervante par instants pour les parents encore responsables (le bébé a beau être très malin, il n’est pas encore très responsable de lui-même), est surtout très positive, elle est le signe que l’enfant vit, pour lui-même. Elle provoque des conflits, elle est la manifestation de personnalités qui s’affrontent, elle annonce surtout un bébé bien vivant.
 

Vanessa Greindl

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